• > MÉMOIRES / LIVRET II / CHAPITRE VIII (SUITE 1)

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    A Tours, je n’avais pas manqué de me faire des camarades et parmi le nombre il y en avait un qui devint mon compagnon de voyage, et notre départ fut fixé pour le mois de février. Ce jeune homme était encore apprenti quoiqu’il ait vingt deux ans. Et comme il ne gagnait presque rien chez son patron, il me confia qu’il voulait aller chez un autre patron pour se ramasser de quoi faire le voyage. J’applaudis son idée et lui donnais mes conseils pour se séparer  se son patron. Mes conseils furent suivis et le voilà bientôt chez un autre. Moi, pendant ce temps là, je m’occupais de visiter Madame Arraud dans le but de rétablir notre société de secours naturel, mais je reconnus bientôt que je faisais une folie car mon départ était trop proche. Je me contentais seulement d’embaucher les ouvriers de passage  et les secourir en cas de besoin.

    Un jour que j’étais à l’établissement, un ouvrier voulut demander de l’ouvrage. Nous étions au mois de décembre, il me fut impossible de lui renseigner de l’ouvrage car les travaux ne marchaient pas du tout. Le malheureux me raconta sa position, disant qu’il n’avait pas le sou et que depuis le jour précèdent il n’avait rien pris. « Mon ami, je lui dis, venez avec moi !... » Nous fûmes chez un épicier tout près de là, je lui fis prendre une goutte militaire et puis je tire cinquante centimes de ma poche en disant : «  Voilà tout ce que je peux faire… Allez manger un morceau !... » Le pauvre garçon me remercia et nous nous séparâmes.

    Quelques temps après, il survint à Monsieur Porcher un tracé de jardin dans un petit endroit appelé Saint Patrice à 32 km de Tours sur la route d’Angers. Il fallut partir…

    Moi et Monsieur Porcher, nous étions chez le curé de l’endroit qui ne connaissait rien dans l’art des jardins. Monsieur Porcher traça le principe et puis il laissa le reste à ma charge avec trois hommes du pays à conduire. Pendant le temps que j’étais à Saint Patrice, les fêtes de Noël sont venues me retarder de mes travaux et me voyant dans ce pays là sans personne de connaissance pour passer mes fêtes, je résolus de retourner à Tours.

    La pluie tombait. Rien ne fait, je pars sur l’heure. Arrivé à Tours, je n’avais pas un fil de sec, je me suis changé et pars sous prétexte d’aller à la messe de minuit. Mais, chemin faisant, je rencontre deux de mes confrères qui m’engagèrent d’aller chez eux manger des marrons comme c’est l’usage dans ce pays là. Je fus donc en compagnie d’un manceau qui travaillait chez Monsieur Porcher depuis huit jours. Ce fut moi qui le fis embaucher en le présentant à Monsieur Porcher. Nos passâmes donc une soirée agréable sans penser à la messe de minuit. Le manceau et moi nous fûmes nous coucher, c’était trois heures du matin et le lendemain nous reprenons la partie.

    Mais ce jour la j’avais oublié ma clé. Le soir, quand ce fut pour rentrer, nous nous vîmes veiller et coucher dehors. Mais moi, je trouve un moyen peu prudent de rentrer. Il y avait un pavillon qui affleurait le mur du jardin de Monsieur Porcher. Je vois qu’il était facile d’escalader ce petit rempart. Nous voilà en besogne, un de ceux qui nous faisait la conduite se courbe et je monte dessus ses épaules, et me voilà de l’autre côté. Le manceau suivit mon exemple, mais à ce moment des amis de Monsieur Porcher passent, ils nous prennent pour des voleurs. Ils sonnent chez Monsieur Porcher en disant : « Levez-vous !... Des voleurs sont dans votre jardin !... » Celui-ci se présente à la croisée et moi d’un air comme pour poursuivre les voleurs, je bats de part et d’autre. Monsieur Porcher me crie : « Avez-vous vu quelque chose ?... Non je lui dis, ces gens-là sont fous je crois, car il n’y a pas de voleurs dans votre jardin !... ». Monsieur Porcher se couche à ces paroles car il voyait que cela pouvait être de mes tours.

    Le lendemain, rien de plus pressé que de ma parler des voleurs, mais d’un air pas étonné moi je voyais mon tour presque vendu et connaissant le caractère de Monsieur Porcher je lui dis : « Les voleurs, c’était nous car ayant oublié notre passe et craignant de vous déranger de votre sommeil, nous nous sommes permis d’escalader le mur…

     

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    Ah !... Oui dit-il en riant, mais une autre fois il ne faut pas craindre de me déranger car mes enfants ont eu tellement peur cette nuit de ce mot de voleurs que le reste de la nuit ils n’ont pas dormi… ».

    Vous croyez lecteurs que Monsieur Porcher ne s’est pas modéré en prenant cette affaire avec tant de douceur. Tout autre que lui qui n’aurait pas su se servir de son esprit m’aurait esbroufé et menacé de me renvoyer. Mais non, Monsieur Porcher savait bien qu’un pêcheur peut se convertir.

    Appréciez ce petit vers :

     

    La première faute est passagère, on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. L’homme de bien cache  les fautes  de ses semblables. Celui-ci  a de l’esprit et sait s’en servir. La morale vaut mieux sur la pointe de l’épée et l’épée fait moins de mal qu’une langue vindicative. Cachez les défauts des autres et l’on cachera les vôtres…

     

    Je fus quelques jours à Tours avant de retourner à Saint Patrice, et comme le froid se faisait sentir il me fallait faire du feu dans les serres. Un soir que j’étais occupé à cette besogne, un des garçons chez qui nous avions passé la messe de minuit vient me surprendre. Je lui demande le sujet de sa visite. Voilà sa réponse : « Vous savez que Vincent et moi nous logions ensemble depuis un mois, et pendant ce temps là pour la moindre chose il se vantait de me frapper. Moi, pour la tranquillité, j’avais jugé ce jour passé pour lâche, mais aujourd’hui il n’en fut pas de même. Nous étions à l’ouvrage et il m’esbroufe comme à l’habitude. Moi, la colère me monte, nous nous crochetons et je lui poche la figure. Notre patron, caché derrière une haie nous vu faire. Il voulut parler mais ce n’étais pas encore à son tour. Une fois la querelle finie, notre patron nous dit d’une voix irritée que tout ouvrier qui se frappait chez lui passait la porte. Et nous voilà donc sur le pavé. Je viens vous demander si vous pourriez me faire avoir de l’ouvrage… Mon cher, c’est très très vilain de votre part ce que vous venez de faire. Il valait mieux se séparer plutôt que de faire ce que vous venez de faire !... ».

    Après lui avoir fait une petite morale, je fus le présenter chez un nommé Mourgeaud. Celui-ci m’avait plusieurs fois demandé des ouvriers sans que je puisse lui en procurer. Mais ce jour là je lui présente Perdriaud, tel était le nom du garçon. Monsieur Mourgeaud me remercie d’avoir pensé à lui et de suite Perdriaud fut embauché. Moi comme je n’avais pas le temps de rester longtemps, Monsieur Mourgeaud me fît promettre de revenir le voir le lendemain. Chose qui arriva. Le lendemain je fus comme je l’avais promis. Monsieur Mourgeaud me dit qu’il avait embauché un ouvrier paysager qui venait de Paris et qu’il était de Bordeaux. Je lui demandais si on pouvait le voir mais il me répond qu’il ne savait où il logeait. Moi sur ce coup de temps je fus voir chez la Mère Arraud mais celle-ci me répond qu’elle ne l’avait pas vu. Je me rentre donc sans avoir pu voir le Bordelais.

    Le lendemain, Monsieur Porcher m’envoya porter une hottée de plantes en ville et comme je passais par le boulevard Béranger, j’aperçois Monsieur Mourgeaud avec son ouvrier occupés à travailler dans un jardin qui donne sur le boulevard. Je m’approche pour voir si je voyais le Bordelais. La première figure que j’aperçus, ce fut la sienne. « Et bien mon pays je lui dis, ça roule t’y la besogne ?.. ». Celui-ci se retourne d’un ton sévère et tout d’un coup il se mit à sourire en me disant ces paroles : « Te voilà mon ami ? Tu n’es pas parti au service ? Et comment tu te retrouves ici ? Ah !... Mon cher, le sort m’a donné la liberté et j’en profite ... Et toi, où deviens-tu depuis un an que nous nous sommes vus ?... ». Il aurait continué de parler mais son travail le commandait. Nous nous sommes donc donné rendez-vous pour le soir.

    Ce Bordelais c’était Rochelais. Il voulait s’éloigner de moi, mais le hasard nous rassemble sans la moindre attente.

     

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    Le soir, comme il était dit, je me rends au rendez-vous et Rochelais me reçut avec amitié. Mon ami me dit : «  J’ai toute une histoire à te raconter depuis un an que nous nous sommes vus… Tu sais que je suis parti de Niort un peu bref. Et bien, je suis allé directement à Paris. Arrivé à Paris j’avais encore cinq francs, mais par bonheur j’ai trouvé de l’ouvrage de suite. J’ai donc travaillé chez un jardinier bourgeois où je me plaisais assez. J’assistais quelques fois à des cours de taille du père Alexis dont je pris de très bons principes. Tiens, j’ai ici un ouvrage, il y a un pêcher que se rameaux forment ‘’Napoléon’’ en lettres. Eh bien chez Alexis le père, je l’ai vu tel que tu le vois sur ce livre. Je t’assure que cela est curieux et puis mon ami, figure-toi que Paris est très bon. On gagne de l’argent, je t’assure que si je voulais travailler comme ouvrier, jamais je n’aurais d’autre séjour que Paris car je peux bien dire qu’il n’y a qu’un Paris… Cela est bien bon, mais pourquoi est-ce que tu fuis de Paris puisque tu t’y plaisais tant. Je crois que tu es comme bien d’autres qui sont restés à Paris, ils n’ont que de leur Paris à parler et pour changer ils sont bien aisés d’être en province… Mon ami, je vais te dire que tu sais que du temps que j’étais à Niort, j’avais des relations avec une demoiselle de Saint Jean d’Angélys… Et bien depuis ce temps là, plusieurs lettres sont venues entretenir notre amitié et aujourd’hui je travaille ici en passant. Je me marie au mois de mars. Mais si toutefois mon mariage manquait, je retournerais à Paris car c’est un beau séjour… Je pars d’ici dans quatre jours et si la chose a lieu, je t’écrirais une lettre d’invitation. Si tu m’honores de venir à ma noce, je te verrais avec plaisir… Mon cher, je recevrai votre lettre avec plaisir, plutôt pour conserver notre relation que pour assister à votre noce car la distance dont nous nous trouvons séparés ne me permettra pas d’assister à votre noce. Mais pour conserver notre relation, donnez-moi de vos nouvelles, vous savez mon adresse, écrivez-moi… Tu me dis que tu pars dans quatre jours, j’espère que tu viendras me dire adieu. Je crains bien de ne pas y être ce jour là car je dois partir pour Saint Patrice aux premiers jours. Je serai quinze jours absent, viens même chose me réclamer à l’établissement…. Mon cher, l’heure marche, il me faut rentrer, au revoir… ».

    Je lisais dans la personne de Rochelais un homme dégoûté du voyage, il n’avait que vingt cinq ans et il voulait se mettre déjà dans l’esclavage. J’ai voulu à plusieurs reprises lui faire des observations mais il les repoussait d’une force qui me surprit beaucoup. « T’en souviens-tu je lui disais du temps que nous étions à Marennes, que tu me disais : Mon ami nous voyagerons ensemble, nous ferons de remarquables voyageurs et si le sort t’appelles moi je me vendrais ou j’irais travailler où tu seras en garnison… Oui c’est vrai mon ami, mais depuis ce temps là mes idées sont changées, j’ai rencontré à Paris de ces vieux voyageurs qui n’ont jamais fait fortune et me voilà déjà dans un âge avancé, il faut se faire une position… Une position mon ami !... Tu as raison, mais un homme de cœur ne doit pas tourner comme la girouette, il faut toujours mettre les premières idées à profit… » . Après cela Rochelais me réponds d’un air furieux et moi je lui dis : «  Et bien suit cette dernière !... ». En disant ces paroles, le lui donnais le bonsoir, il me promit de venir me dire bonjour avant de partir de cette ville…

    Deux jours après, je fus envoyé à Saint Patrice pour finir de faire exécuter les travaux de Monsieur le curé de l’endroit. Pendant ce temps-là Rochelais se décida à partir et comme la distance de Tours à Saint Patrice ne permettait pas de venir me dire adieu, il est donc parti sans me voir.

    Moi je finis à peu près les travaux et puis je me dirige du côté de Tours. Mais avant de partir de ce petit endroit, j’ai quelque chose à vous marquer au sujet de la croyance des habitants. Il se trouve auprès d’un côté de la Loire un buisson d’épines noires, et ce buisson deux fois par année. Sa première floraison a lieu dans le mois de décembre et l’autre à sa saison ordinaire. J’ai interrogé les habitants au sujet de cette chose un peu surprenante dont voici la réponse.

    Nous avons un saint appelé Saint Patrice. Ce saint voyageait et il passa dans ce pays ci. Un orage vint à le surprendre dans son voyage et il se glissa par-dessous ce buisson pour se mettre un à couvert de la pluie.

     

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    Enfin la pluie cessa. Il voulut passer la rivière et demanda à des bateliers de le passer, mais ceux-ci ne voulurent pas, vu qu’il n’avait pas d’argent pour payer son passage. Sur ce refus, Saint Patrice prend son manteau, le met sur l’eau et prend une branche du buisson pour lui servir de rame. Arrivé de l’autre côté, il remercia Dieu de l’avoir protégé dans son passage, et puis il piqua le rameau d’épines en terre. Depuis ce temps là, tous les deux fleurissent à l’époque où est arrivé le miracle.

    Ainsi, je laisse approfondir au lecteur cette chose singulière. Moi je n’y crois guère, je crois plutôt que c’est la température due au climat qui est très tempéré plutôt que le miracle de Saint Patrice. Les habitants disent qu’on en a greffé et planté dans d’autres pays et ils ne fleurissent qu’une fois. C’est tout clair, n’ayant pas la même température, ils ne fleurissent qu’à la saison.

    J’étais arrivé à Tours et je voyais de jour en jour mon départ s’approcher. Il fallut en finir. Je préviens donc Gauthier qui devait venir avec moi et celui-ci me laisse libre de fixer le jour. Ce jour fut donc fixé pour le 7 février et nous étions à la fin de janvier. Le temps était assez beau le jour  où se tint le conseil mais deux jours après la neige vint à tomber, la terre en fut couverte de vingt centimètres en une nuit. Gauthier reculait le voyage mais moi lui montrant du courage, sa première idée lui devint bonne. La terre était encore couverte lorsque j’avertis Monsieur Porcher. Il ne m’applaudit pas trop de mon départ mais rien ne  me fera reculer d’un seul jour.

    La veille du départ arrive, la neige n’était pas encore disparue. Il me venait des idées contraires de mon départ mais je mis toutes ces chimères de côté et je me  à partir suivi de Gauthier. Je fus faire mes adieux à mes connaissances qui me promirent de venir le soir me faire la conduite chez la mère des jardiniers. Gauthier de son côté fit aussi ses adieux. Enfin nous passâmes un jour dans ces visites et pour faire viser  d’un certificat de  patron. Pour moi, j’obtins le suivant et pour Gauthier il ne m’est pas permis de  tracer ici :

     

    Je soussigné que le sieur Gerbier ouvrier jardinier m’a servi en cette qualité comme premier garçon l’espace de six mois. Je n’ai pendant ce temps aucun reproche à lui faire tant sur sa probité que sur son travail le  considère comme un sujet distingué et digne à tous égards de l’estime publique. En foi de quoi je lui délivre le présent.

    Tours, le 4 février 1857

    L. Porcher aîné

    Horticulteur, Botaniste, Dessinateur de jardins

    Rue des Acacias N° 38 Tours

     

    J’ai eu une conduite complète de la part de mes camarades, suivie de chants joyeux et chansons de voyage. Enfin, la soirée se passe sans que je pense à m’ennuyer. Le lendemain un de mes intimes vient me chercher pour m’accompagner jusqu’à la gare du chemin de fer. Je fus donc dire adieu à Monsieur Porcher et sa famille que j’embrasse sans exception. Tous avaient un ton de tristesse de mon départ. Monsieur Porcher m’offrit ses services et sa maison si le hasard voulait que je passe à Tours. Enfin je  quitte cette respectable famille que mes vieux ans ne feront jamais oublier. Je me rappellerais que c’est lui qui m’a donné la seconde clé de la civilisation et la première pour sortir du fanatisme dans lequel j’étais plongé jusqu’alors.

    Avant de partir de cette charmante contrée, quelques descriptions sur les mœurs et habitudes des habitants. La Touraine est très fertile en vins et blé, chanvre, légumes, melons que l’on cultive en abondance, navets que les habitants se servent pour la nourriture des vaches qui sont très nombreuses car on consomme beaucoup de lait dans le café. Presque tous les habitants prennent, le matin, le café au lait.

     

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    La Touraine est couverte de superbes châteaux parmi lesquels je citerai le château de Villandry près de la Savonnière, à trois lieues de Tours sur la ligne d’Angers.

    Il possède un puits artésien qui a deux mille cinq cent pieds de profondeur, un jardin magnifique que plus de trente ouvriers sont occupés pour ses travaux. Il y a à Tours de remarquable la gare du chemin de fer qui est d’une grandeur étonnante, quatre lignes y font leur halte, celle de Paris, de Nantes, de Bordeaux et du Mans ; quatre ponts sur la Loire dont deux avec piles de fer et deux en pierre; la rue Impériale qui traverse la ville ; une place sur laquelle se trouvent deux jets d’eau et du côté nord, faisant face à la route de Mans, au bout du pont de pierre, se trouve la place du musée où est la statue de René Descartes célèbre historien tourangeau. Le musée laisse apercevoir quelques tableaux gothiques mais pour l’antiquité naturelle il n’est pas trop riche; j’ai vu seulement des os de monstres fossiles qui auraient fait plus de vingt cinq pieds de long.

    L’hôpital de Tours est un morceau remarquable, il possède un puits artésien et une école de botanique dans laquelle on trouve trois jets d’eau qui marchent continuellement. C’est le puits artésien qui fournit l’eau. Tours se trouve entre deux rivières, la Loire au nord et le Cher au sud et toutes les deux vont se perdre à Nantes ; mais à Saumur elles se réunissent pour se rendre à Nantes. La Loire est peu profonde mais très large et elle renferme plusieurs petites îles et elle reçoit plusieurs petites rivières, c’est ce qui fait qu’elle est souvent en crue. D’après les recherches faites, il y a eu une crue en 1738 d’une force désastreuse comme en 1856 le 4 juin, et en 1846 une autre crue mais elle fit peu de ravages. Enfin celle de 1757. Celle de 1846, je n’en fus pas témoin, mais celle de 1856 du 4 juin j’ai vu le désastre de moi-même. Il n’y eut presque personne de noyé seulement une petite mère qui possédait un peu d’argent, ne voulut pas à l’approche de la barque, abandonner le magot et quelques minutes après la maison s’est écroulée et la voilà enterrée avec son argent. Sa mort fut peu regrettée car ce fut de sa faute.


    ACCUEIL

    Armoiries

     Villandry (Indre-et-Loire) - Vue d'ensemble du château, du potager, des terrasses et des dépendances, Carte postale vers 1900

     

     

    Le 8 février 1857, je pris le train de huit heures pour Angers accompagné de mon compère Gauthier qui n’était pas trop riche car je fus obligé de payer sa place.

     

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    Nous arrivons à La Savonnière, première station, et puis ensuite Saint-Mars, Langeais, Saint-Patrice et La Chapelle petit endroit qui doit être signalé dans l’histoire par le désastre que causa l’inondation du 4 juin 1856 ; il ne resta qu’une seule maison et l’église. Les habitants après un pareil ravage partirent du pays, surtout la classe ouvrière qui ne lui restait que les yeux pour pleurer. Enfin nous passâmes à Port-Boulet, à Varennes et puis à Saumur où nous fîmes une halte de quinze minutes. Cette petite halte ne me donna pas le temps de visiter Saumur, mais d’après le rapport des habitants, Saumur possède un château fort qui sert actuellement de prison, un pont sur la Loire qui est assez remarquable et une école de cavalerie. De là nous passons à Saint-Martin de la Place, Les Rosiers, La Menitré, Saint-Mathurin, La Bohalle, Trélazé où se trouvent de vastes carrières d’ardoise uniques en France que des milliers d’ouvriers y sont occupés. Napoléon III les visita en 1856 avec sa suite, regarda ce beau travail et toucha un morceau qu’un ouvrier venait de travailler. Il dit : « Je trouve que ce morceau n’est pas assez mince… l’ouvrier qui venait de le tailler entend et répond … Il n’est pas assez mince mon Empereur, c’est facile d’y remédier, et au même moment l’ouvrier en fit trois morceaux en disant … Voilà Sire, la faute est réparée… Napoléon sourit et dit… Je vois l’industrie de l’ouvrier et au patron il laissa une somme de vingt mille francs à diviser entre tous les ouvriers pour réparer le temps perdu par l’inondation… »

    Nous arrivons à Angers, il faisait un froid excessif et la neige était à peine disparue, mais le courage était plus que tout, cependant je n’avais pas trop d’argent dans la poche et mon collègue encore moins que moi ; mais nous avions notre malle qui pouvait servir de caution à l’occasion. C’est ce qui arriva pour la suite.

    Nous débarquons de la gare à midi et comme j’avais l’adresse de la mère des jardiniers, je m’occupais de demander la grille de fer où restait la mère, et nous voilà bientôt arrivés chez elle. Nous déposons notre malle à la porte et je rentre demander si elle pouvait nous loger. Elle me répond « Oui, entrez… Etes-vous jardiniers nous dit-elle…Oui Madame… Comment va l’ouvrage ?... Pas trop bien pour le moment car le froid a fermé les terres et nos patrons ont débauché presque tous les ouvriers, mais cela ne durera pas longtemps, vous pourrez voir de vous-même chez les patrons… Oui Madame, mais en attendant servez nous à dîner… ».

    Nous nous sommes donc mis à dîner et après Gauthier et moi fûmes chercher de l’ouvrage, mais notre peine fut inutile, pas moyen d’en trouver. Nous fûmes dans la Rue Basse chez Monsieur Fillane, il ne s’y trouvait pas. Nous trouvons qu’un vieil ouvrier qui nous dit qu’il nous connaissait de l’ouvrage, que je n’avais qu’a payer une goutte, que nous étions sûrs d’embaucher. « Et bien je lui dis, venez avec nous et faites nous embaucher. Ce ne sera pas une goutte à qui nous tiendrons… ». En effet, il vient avec nous et nous marchons tous les trois. Moi je voyais bien que ce n’était qu’un soiffeur et je cherchais le moyen de lui tourner casaque. Ma foi, une bonne occasion se présente. Il rencontre un de se amis et s’arrête pour lui parler. « Et bien mon cher, je lui dis, nous allons devant et vous nous rattraperez sur la place… ». Au même instant, Gauthier et moi nous partons et lorsque nous fûmes à quelques pas je dis à Gauthier «  Allons mon cher, jouons le tour à ce vieux soiffeur qui n’a pas plus d’ouvrage que moi. Du reste si ce ne fut quelque chose de lui, il ne nous aurait pas demandé la goutte… ». Gauthier compris comme moi l’affaire et nous nous esquivons de lui…

    Arrivés chez la mère Madame Rochereau, elle nous demanda comment avait été la chose. «  Pas trop bien Madame je lui dis…Nous avons trouvé qu’un vieux filou, l’ouvrier de Monsieur Fléan, qui se disait avoir de l’ouvrage. Mais aussi malins que lui, nous lui avons joué le tour… Vous avez bien fait car ce n’est qu’un pauvre garçon… Voila plusieurs tours qu’il monte à des ouvriers et tout cela pour boire à leur santé… Oui Madame, je connais à peu près ces tours là sans les avoir professés car le lisais en lui un homme faux et fourbe… ».

     

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    Le lendemain nous nous sommes disposés à chercher à nouveau du travail. Nous fûmes en premier lieu chez Monsieur Le Bigot. Moi j’avais bien des choses à lui dire de la part de Monsieur Porcher. Il ne put nous prendre à son service mais il m’indiqua un patron pour un de nous et suivant lui, il ne valait guère aller mais dit-il «  Prenez cela en attendant… Vous pourrez trouver ailleurs… ».

    Nous fûmes donc chez ce patron ? Monsieur Le Bigot nous fit conduire par son premier garçon. Arrivés à l’endroit, moi je rentre le premier, mon compagnon me suit. Là, je m’adresse à Madame Licois, demandant son mari. Elle s’empresse d’aller le chercher et à l’instant je vois rentrer cette figure barbare qui aurait fait peur à un pauvre diable qui n’aurait pas été solide au poste. Je m’adresse à lui «  Monsieur, je suis envoyé par Monsieur Le Bigot pour vous offrir mon travail si je peux faire votre affaire… mais je pense pouvoir la faire… ». Il me parla en serrant les dents, pris une chaise, s’assit, et se mit à prendre un verre de vin avec un de ses amis qui buvait à une table à côté. Il était débitant de vin et tabac. J’eu un moment de réflexion en attendant la réponse à ma demande, mais voyant qu’in ne faisait plus attention à moi je lui adresse la parole à nouveau «  Eh bien Monsieur, donnerez-vous du travail à un de nous deux ?... Oui… Combien donnerez-vous par mois ?... J’ai plusieurs prix… Me donnerez-vous 14 francs ?... Je veux bien vous donner 14 francs si vous êtes capable de les gagner car chez moi ce sont les ouvriers qui font le prix…Je pense pouvoir les gagner, moi ou mon camarade, celui des deux que vous voudrez… Moi, ça ne me fait rien, peu importe lequel… Et bien Monsieur, nous viendrons un de ces soirs… Bonjour… ».

    Nous sortons et je demande à Gauthier s’il voulait y venir. « Il me répond que non, qu’il préférait rester sans ouvrage que de  donner son travail à un ours pareil… Je suis comme toi mon ami mais dans ce moment nous sommes obligés de servir ces gens là… Tu sais mon ami que nous ne possédons que très peu d’argent et si nous restons quelques jours sans travail nous pourrions succomber… Aussi il vaut mieux que je travaille… Je travaillerai pour te soutenir… ».

    Nous retournons ensuite chez la mère pour prendre quelque nourriture et le reste de la journée fut passée tantôt à faire une partie de cartes et tantôt à des promenades.

    Le soir étant venu, je fus suivi de Gauthier chez Monsieur Licois. J’avais fait un petit paquet de quelques morceaux d’effets. Chargé de ce petit fardeau, j’arrive chez Monsieur Licois. Je rentre le premier, je donne le salut et j’attends que l’on me présente une chaise; mais voyant que personne ne se dérangeait je pose mon paquet sur une table et je m’assois. Gauthier fit comme moi. Je vois la table servie et j’espère être engagé à dîner. Je lance quelques mots de conversation mais on me répond que faiblement. Il y avait près d’une heure que nous étions là et personne ne nous offrait un verre d’eau. Gauthier commençait à avoir sommeil, ça fait que je sors lui faire la conduite et la famille Licois profita de ce peu d’absence pour se mettre à dîner. A ma rentrée, je trouve tout le monde à table, moi je repris ma place en attendant l’heure du coucher et cependant j’aurais bien mangé mais il fallut se coucher le ventre creux.

    Le dîner est fini, chacun se dispose pour se coucher, un vieux brave homme ouvre une porte et monte l’escalier sans dire bonsoir. Monsieur Licois me dit « Suivez cet homme, il vous montrera votre lit !... ». Je suis donc ce brave homme sans lumière, au troisième étage il me fît voir mon lit grâce à un flambeau de résine lui appartenant. On se couche chacun dans notre couche mais nous fûmes loin de dormir de suite car de mon côté je questionne le brave homme sur la maison de Monsieur Licois de laquelle il me mit bientôt tout sous les yeux. Au milieu de cette conversation, le sommeil vint fermer nos paupières.

    Le lendemain à six heures je fus debout. Je me promenais dans la cour en attendant Monsieur Licois… Je fus presque une heure, le froid se faisait sentir, je frissonnais...

     

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    C’était près de sept heures lorsque Monsieur Licois se lève. Il me prit avec lui. « Suivez-moi dit-il !…Avez-vous des outils ?... Quels outils ?... Des outils pour tailler !… ». A ces paroles je fais un saut dans ma chambre, je prends ma serpette et je le suis. Nous fîmes la route sans qu’une seule parole fût prononcée. Arrivés au jardin il fut donc obligé de me parler ainsi d’une voix sévère. « Voilà ce que vous avez à faire !... ». Je me mis de suite en besogne, lui se mit assis à faire semblant de tailler. J’avais taillé une jeune pyramide, il passe près d’elle, il regarde et par malheur j’avais oublié de fixer une des branches. Là dessus il me bougonne, moi je fis le muet, je fis seulement que lui dire « Ne vous trompez pas vous-même… Attendez que l’ouvrier soit parti de son chantier pour juger de son travail… ». Là-dessus il part et je reste seul.

    L’heure du déjeuner arrive, je me dirige du côté de la maison. J’avais à peine fait deux mètres que je rencontre mon ami Gauthier qui venait à ma rencontre. En arrivant à moi, il me parle ainsi «  Mon cher, j’ai du travail mais pour aller en campagne… Je suis allé chez ton patron pour te voir et demandé la clé de ta malle pour prendre mes effets qui sont dedans et en plus pour te demander un peu d’argent car il me faut partir de suite pour la voiture avec mon patron… Il me faut acheter une malle de cinq francs et un franc pour la faire voyager et je n’ai qu’un franc pour tout vaillant… Mon cher, je ne suis pas plus riche que toi mais je possède deux francs, t’en voilà un… Et va chez la Mère, tu lui demanderas trois francs à mon compte… Et bon voyage… Tu sais mon adresse… Ecris-moi… ».

    Je retourne à mon travail. Le propriétaire vient me voir. Il fut plus malin que Monsieur Licois, il débouche une bouteille de vin, verse dans deux verres et nous trinquons ensemble ; le reste de la bouteille fut mis de côté. Le propriétaire part, me voilà seul, il faisait chaud, je bois le reste de la bouteille.

    Le lendemain, j’eu encore la visite du propriétaire. Il débouche une seconde bouteille et me crie de venir boire. Je m’approche et lui dit «  Hier j’ai eu soif. J’ai pris la liberté de boire le vin qui était resté dans la bouteille… Ah  mon cher, vous avez bien fait et j’entends que vous fassiez de même aujourd’hui… Et si vous n’en avez pas assez, prenez dans le caveau… Monsieur, je vous remercie de la liberté dont vous me mettez possesseur…Je ferai en sorte de ne pas en abuser… ». Je reste encore seul. Me voilà possesseur d’un caveau. Je pouvais très bien boire à ma guise. Plusieurs dans ma place auraient bu plus d’une bouteille. Mais moi non. Puisque le propriétaire avait été consciencieux envers moi, je voulais l’être envers lui. Celui qui me fait du bien, je lui rends la pareille et celui qui me fait du mal, idem.

    Ces travaux finis, je fus chez le Procureur Impérial. C’est là que Monsieur Licois commença à m’adresser la parole pour des noms de plantes qu’il ne connaissait pas et pour les savoir il me prit par la douceur. Mais sa douceur était bien amère pour moi. Je ne rêvais en moi-même que le compte soit la à la fin du mois. Chose qui ne manque pas d’arriver. Il y avait huit jours que j’étais à son service. Un soir, après la journée, je passe chez un jardinier appelé Thorraud en lui demandant du travail. Celui-ci me demande si j’étais occupé dans ce moment. Je lui réponds que oui, que j’étais au service de Monsieur Licois mais provisoirement. Il me répond d’un air insolent « Puisque vous êtes chez Monsieur Licois, je ne peux pas vous délivrer de chez lui ». Je sentis ces paroles. Je pars sans m’appliquer d’avantage. Je me promis donc de faire le mois commencé et pendant ce temps là je pourrai me procurer du travail.

    Trois semaine se sont encore écoulées, Monsieur Licois devenait plus doux envers moi. Il avait embauché un autre ouvrier. Il passait sa rage sur ce dernier et moi j’étais tranquille. Mais cette tranquillité ne me faisait pas oublier le temps passé.

    J’avais un jeune homme que j’avais connu à Tours. Ce jeune homme était à l’hôpital après une chute. Je fus le voir un dimanche. Il m’apprit que deux des ouvriers de son patron  partaient pour Tours et qu’il se chargeait de m’y faire rentrer si je voulais.

     

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    « D’autant plus dit-il, que mon patron m’a déjà parlé de vous le jour de votre arrivée à Angers… Vous êtes allé chez lui demander du travail et lorsqu’il a vu vos mains il a reconnu que vous étiez un travailleur… Il regrettait de ne pas pouvoir vous donner du travail mais dans ce moment la chose était impossible…. Mais maintenant, vous pourrez rentrer sans peine… Et bien, je vais y passer dès aujourd’hui, j’aurai l’avantage d’avertir mon patron demain, je lui ferai voir que je ne travaille que pour les gens de bien… ».

    Je passe donc chez Monsieur Bidaud, tel était le nom du patron indiqué, il me reçut très bien. Nous nous arrangeons ensemble et je lui promis de venir dans huit jours. Le lundi, j’avertis Monsieur Licois de mon départ «  Patron, je pars à la fin du mois… Vous partez à la fin du mois !… De celui-ci ?... Non, à la fin de mon mois, dans huit jours. Ainsi procurez-vous un ouvrier… » Là-dessus, il ne répond rien. Moi je passe la porte  et je fus à mon ouvrage.

    Ces huit jours furent un peu longs… Enfin les voilà passés… Je présente mon livret à Monsieur Licois qui me signe le certificat suivant :

     

    Je certifie que le nommé Gerbier Jean Baptiste a travaillé chez moi le passé d’un mois en qualité de garçon jardinier et que je n’ai rien à lui reprocher sur sa probité et sa conduite.

    Angers le 10 mars 1857

    M. Licois, Jardinier –Treillageur(*) à Angers, Rue de Frémur

     

    Après m’avoir signé mon livret il prend une carafe d’eau de vie et me verse la goutte. Moi à mon tour je lui rends la pareille. Il voulut refuser disant de garder mon argent, mais moi je persiste en lui disant que l’argent ne m’étais rien « J’ai su gagner celui-ci, je saurai en gagner d’autre… ». Nous buvons cette seconde goutte qui fit le sujet d’une conversation qui dura une heure. Il me parla  de son voyage et d’autres choses dont je fus surpris parmi lesquelles je reconnu qu’il me regrettait un peu ; en me rappelant des paysages du voyage, des ouvriers, la loi des ouvriers et des patrons. Enfin nous terminâmes car le travail nous appelait l’un et l’autre. Je le salue et puis je fus chez la mère Rochereau où étais ma malle. Je lui payais les trois francs que Gauthier lui avait pris à mon compte. Je pris ma malle sur mon dos et je fus la porter à mon nouveau logement. A midi, je fus commencer  à travailler chez Monsieur Bidaud. Il me mit d’abord à rouler des terres et puis à emballer. La journée se passe.

    Le lendemain il me mit à planter dans sa pépinière. Le jour suivant je continue, mais le temps était peu convenable, il tombait de la neige mêlée de pluie glaciale. Malgré ce mauvais temps je fis ma journée même chose. Le vendredi, il pleuvait. Je me lève et je vais voir à l’établissement. Comme Monsieur Bidaud devait me donner du travail pendant le mauvais temps, je fus lui en demander. Il me répondit  qu’il ne pouvait m’occuper dedans mais si je voulais travailler dehors de la pépinière «  Comment voulez-vous rester dehors par se temps là… Ce n’est pas là ce que nous sommes convenu… Vous deviez m’occuper le mauvais temps comme le beau et maintenant vous y refusez… Et bien à demain… ». Je pars après ces paroles. Je fus me promener et je rencontre mon ancien camarade, l’ouvrier de Monsieur Licois. Nous fûmes faire une partie de billard. La journée se passa vite.

     

    (*)  C'est l'art, l'un des plus modernes et dont l'invention est due aux Français. Le treillage servait à son origine à soutenir les treilles ou ceps de vigne, mais aussi les arbrisseaux dans les jardins.

    C'est sous le règne de Louis XIV que cet art fut important quand à la décoration, et il fut porté par Le Nôtre et Jules Hardoin Mansart . L'art du treillage commença alors à se séparer de celui du jardinage. Les ouvriers prirent le nom de treillageurs, lesquels travailleront sous la conduite des architectes jusqu'en 1769.

    Depuis le règne de Louis XIV, l'art du treillageur fait de grands progrès avec des treillages de palissade, tant de hauteur que d’appui, des berceaux, des cabinets, des salons, des portiques, des galeries et des colonnades.

    Toute la science des treillageurs est en rapport à la disposition et à la théorie de ne pas être enfermés dans leurs ateliers car ce n'est pas un art de routine. Il faut de l’expérience, du goût, et que leurs connaissances en géométrie soient énormes, tout comme l'art du trait. Souvent les treillageurs faisaient aussi de la menuiserie du bâtiment pour tous les travaux de corroyages, assemblages, profiles et moulures pour avoir la pratique des rabots qui serviront aussi pour tous leurs travaux.

    Source : http://menuiserie-montner.over-blog.com/article-15901198.html

     

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    Le soir, je rentre à mon logement. Je fis la rencontre d’un ouvrier jardinier arrivant dans cette ville. Il était avec une de ses connaissances. Je connaissais l’autre, je lui demande où il allait «  Je vais embaucher ce jeune homme… Où ça va-t-il l’embauche ?... De l’autre côté de la Maine chez Thonnat…Es-tu sûr qu’il a besoin ?... Non, mais on m’a dit qu’il cherchait un ouvrier… Oui  mais, il a trouvé j’en suis sûr… Venez plutôt chez la Mère, il y a peut-être des adresses… Suivez-moi, je vais avec vous !… ». Nous rentrons boire un verre de bière et puis ensuite nous allons chez la Mère. Elle n’avait pas d’adresses mais elle connaissait des patrons qui avaient besoin. Moi, je me retire après avoir bu un verre de vin avec l’arrivant.

    Le lendemain il faisait beau temps, je fus travailler. Le soir, je touche ma semaine. Je retourne chez la Mère pour voir si le jeune manceau avait du travail. Là, je trouve des confrères qui m’accueillent tous. Nous buvons un verre de vin et comme nous étions ensemble, l’un d’eux vient avec une lettre à la main en me disant «  Tiens Poitevin… Si tu veux aller travailler en campagne, voila une très bonne adresse… Vingt francs par mois, la voiture payée, non le coucher… Montre-moi cette lettre… ». Je lus :

     

    Madame Rochereau, mère des jardiniers,

    Je vous prie de m’envoyer un ouvrier capable, le prix sera de vingt francs, non le coucher, la voiture payée.

    Madame, je vous prie de ne pas oublier votre confrère, de l’expédier au plus tôt.


    Richard

     

    Tiens, voila mon affaire. Je veux me venger contre Monsieur Bidaud de n’avoir pas tenu sa parole. « Je pars dès aujourd’hui… Venez à mon logement, la soupe est faite, nous la mangerons. J’ai du pain, de la viande, nous mangerons tous et nous rapporterons ma malle… Suivez-moi… Allons, partons… ». Dans deux temps nous voilà au logement. Nous fripons tout et la malle sur le dos, nous voilà chez la mère. En attendant la voiture, mes confrères me font la conduite. Ils étaient quatre, d’autres surviennent, nous étions quinze et tous boivent et chantent en mon honneur. Madame Rochereau se tenait de garde à seule fin que la voiture vienne me prendre moi er ma malle. La voiture arrive, nous fîmes le compte.  Je voulus payer  mais mes braves confrères me signent de payer mon café seulement « Le reste nous regarde tous, nous faisons la conduite, cette affaire nous regarde… ». Je paye mon café, dit au revoir à la Mère, ma male est déjà sur la voiture. « Au revoir confrères, je vous remercie de cette conduite satisfaisante er reconnaissante. A mon retour, je vous payerai de retour… Au revoir mes frères…». Tous me tendent la main en criant à pleine voix « Au revoir !… Bon voyage !... ».

    Ainsi voyez… Pendant le peu de temps que je suis resté dans cette ville, la masse d’amis que je me suis fait par ma manière d’agir, mon bon cœur, mon peu de fierté, ma fidélité de paiement, la régularité de ma conduite. Tous ces braves garçons avaient pris plaisir  à me chanter le départ et cependant tous étaient étrangers. Je ne les connaissais que depuis un mois, mais il n’en  fallait pas tant pour me connaître. Je me rappelle un jour. Je fus chez la Mère du moment quand j’étais chez Monsieur Licois pour voir s’il y avait des adresses. Je voulus prendre un cognac. Deux de ces garçons arrivent après leur journée. Je ne les avais presque jamais vus. Les voyant rentrer je dis au Père « Versez deux cognacs à ces garçons !… ».  Lorsque j’eus le plaisir de trinquer avec eux ils me remercièrent. « Prenez je leur dis… C’est pour avoir le plaisir de trinquer avec vous pour la première fois… ». Ils acceptèrent en voyant ma bonne disposition, et cette seule politesse me valut leur estime.

     

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    Me voila parti pour Doué(*) qui se trouve à 10 lieues d’Angers. Nous fîmes la première halte à Brissac(**) qui se trouve à moitié route d’Angers à Doué. Les voyageurs descendent de voiture pour se rafraichir. Moi je descends aussi et je profite de ce peu de temps pour me procurer du tabac. Le conducteur était assez complaisant, je l’invite à prendre la goutte, il me répond «  Plus loin… Il fait trop chaud ici… ». Moi, après cette réponse  je persiste plus car je n’avais besoin de rien, j’en avais même trop pour être bien. « Partons-nous ?… ». Nous partîmes donc. Le soleil était presque couché, le noir nous prit à 2 lieues plus loin où nous changeâmes de chevaux. Là, il se trouve un Monsieur de l’endroit qui prit la voiture pour se rendre à Doué. Avant de monter en voiture nous prîmes quelques verres de vin ensemble que ce Monsieur paya. Moi je voulus payer ma part et celle du conducteur mais ce Monsieur me dit «  Pas d’argent ici mon brave… Plus loin… ». Nous partons. Nous voilà montés en voiture. Nous fîmes à peine 2 lieues. Nous nous arrêtons de nouveau et là ce fut à mon tour de payer. Là il se trouve un paysan connu par le conducteur qui se propose de payer un demi-litre et moi l’autre. Nous buvons de nouveau. Moi je renonce de boire car j’étais plein malade. La bouteille vide, je paye ma part et puis je pars. Le paysan ne fit pas comme moi, il sort sans payer lorsque le marchand de vin crie « Il reste un demi-litre à payer !... ». Le paysan dit en parlant de moi «  Je croyais que ce Monsieur là avait payé… Oui je lui dis, mais vous êtes convenu de payer la moitié, je dois pas payer pour vous… ». Le conducteur crie «  En voiture !... ». Je coupe là et le paysan s’arrange avec le débitant. J’étais monté avec le conducteur. « Ca tourne je vois… ». Le conducteur me demande si la pipe me contrariait point… « Non la pipe ne me fait pas de mal, mais il en est pas de même du vin… ».

    ACCUEIL

    Nous arrivons à Doué, je descends et je passe au bureau. Je croyais n’avoir pas de quoi payer ma voiture. Heureusement qu’ils m’on prit moins que je croyais car après ma voiture payée, il me restait cinquante centimes pour toute fortune. Je demande au conducteur où demeurait Richard. Il me dit d’attendre que ses chevaux soient rentrés, qu’il m’y conduirait.

     

     

     

     

     




     

    (*) Aujourd’hui  Doué La Fontaine qui se trouve dans le Douessin, au cœur du Parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine, à 10 km de Montreuil-Bellay et à 40 km de Cholet.

    Depuis plus de 200 ans la culture de la rose et de rosiers est la spécialité de Doué La Fontaine et en fait l’un des plus importants producteurs de France. L’exposition les journées de la rose, vous permet d’admirer 80 000 boutons de roses dans un magnifique cadre souterrain et historique. L’aspect éphémère de cette manifestation est compensé par les Chemins de la rose, un parc regroupant 1300 variétés de cette fleur.

    Situé en Anjou, Doué La Fontaine possède un impressionnant ensemble de sites souterrains car la ville est construite sur de nombreuses caves appelées troglodytes et carrières de "falun" dites perrières. Ces lieux ont une superficie et un état de conservation exceptionnels. Certaines sont aménagées comme musée, salle d'exposition et même maison d'habitation. Les premières carrières à avoir été ré exploitées font partie intégrante du zoo de Doué.

    Que ce soit sur terre ou sous terre, Doué la Fontaine est à même de vous transporter dans l'histoire et de vous émerveiller du présent.

       Source : http://www.parc-loire-anjou-touraine.fr

      

                                       (**) Aujourd'hui : Brissac-Quincé 

     

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    En effet, lorsque ses chevaux furent rentrés, il se chargea de ma malle et il me conduit chez Richard où il dépose ma malle et m’annonce à Monsieur Richard. Celui-ci nous reçut très bien, offrit un verre de cognac au conducteur et à moi à dîner.

    Pour ne pas lui refuser je me suis mis à table, mais ni pain ni vin voulait rentrer. Monsieur Richard dit à sa dame de faire autre chose, que ce plat  n’était pas de mon goût. «  Du tout Monsieur, je lui dis… Ceci est très bon pour une personne qui a de l’appétit, mais moi dans ce moment rien ne me flatte que mon lit… On m’a fait la conduite à Angers et j’ai fait excès de vin et maintenant je suis mal à mon affaire… ». Madame Richard me fit une tasse de café que je pris et elle fit venir une femme chez qui je devais coucher. Cette femme me dit «  C’est vous Monsieur qui devez coucher chez moi ?... Oui Madame, allez préparer la chambre et demain nous nous arrangerons ». Cette femme part de suite et revient au bout de quelques minutes « Monsieur dit-elle, votre chambre est faite… C’est bien,  je vous suis de suite… ». Je salue Monsieur Richard et sa dame et je vais chercher le repos dont j’avais besoin.

    Je ne trouvais pas la nuit longue. Le lendemain je me réveille, j’ouvre les yeux et je me vois dans une chambre inconnue. Je fus surpris car je me croyais à Angers. Je réfléchis sur ce qui s’était passé le jour précédent. Enfin je me lève et je fus voir si Monsieur Richard était debout pour me mettre en ouvrage. Il se trouvait levé depuis deux heures et m’attendait pour boire le vin blanc. A mon approche il me dit «  Et bien… Comment s’est passé la nuit ?... Avez-vous bien dormi ?... Très bien Monsieur, je vous remercie…Je suis plus d’aplomb qu’hier soir… Eh bien venez !… Tuons le ver !... ». Tuer le ver dans ce pays c’est manger une croûte et boire un verre de vin dès le matin. Ce jour là, je ne fis pas beaucoup d’ouvrage mais le reste de la semaine fut un peu mieux employé que le jour précédent.

    Le dimanche arrive, j’étais assez bien vu des jeunes gens du pays, mais je n’avais pas de quoi répondre. Dans ce cas là, j’ai donc eu recours à mon ami Gauthier à qui j’avais rendu quelques services. Il pouvait bien à son tour me rendre la pareille sans me faire la charité. Ainsi, poste par poste, je reçu la somme demandée : cinq francs. Avec cette minime somme, je passais  des moments heureux avec les enfants du pays. Parmi le nombre, il s’en trouvait trois qui voulaient partir faire leur tour de France. Ils me demandent conseil. Moi je me fais un plaisir de leur donner toutes démarches à prendre. «  Allez !...  Je leur dis… Voyagez… Allez voir cette France… Goûtez le voyage… Conduisez-vous en homme de bien et vous goûterez le bonheur des voyageurs honnêtes… Et un jour, à votre retour, après avoir fait un voyage plus ou moins long, vous pourrez lever la tête et dire: j’ai voyagé et nul ne peut se flatter de dire : celui-ci me doit… Celui-ci m’a fait perdre… Non, vous direz : j’ai vécu de mon labeur, j’ai fais le bien aux gens de bien et j’ai vengé les gens de mauvaises mœurs… Tout voyageur qui fait de la sorte n’a plus rien à se reprocher. Il est digne de la société. Ces jeunes gens m’écoutaient avec attention. Ils n’attendaient que le jour de partir.

    Un jour que j’étais à prêcher morale, des vieilles moustaches qui m’écoutaient, on voulu savoir mieux que moi le sujet de mon discours. Je prêchais de ce qui regarde le naturel et de la religion. Nous étions à l’approche de Pâques, des fêtes solennelles dans les lieux saints. Ces braves gens me raillaient en disant « Le jardinier ne va pas souvent à l’église, il n’y est pas souvent malade…Messieurs, je leur dis, si je ne vais pas souvent à la messe je sais pourquoi et il en est pas de même pour plusieurs d’entre vous qui disent : je ne vais pas à la messe parce que le curé ne me convient pas, il fait ses sermons trop longs, il parle de choses qui ne me conviennent pas… En disant cela, vous devenez deux fois coupables, l’une par ignorance et l’autre par blasphème… Faites comme moi, restez chez vous et faites le bien toute la semaine et vous n’aurez pas besoin de pasteur pour vous mettre dans la route du bien… Ne blasphémez contre personne, ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas que l’on vous fasse, soulagez vos semblables dans leurs nécessités, ne vous vengez que contre ceux qui le mérite, n’insultez pas ce Dieu que vous ne connaissez pas et que ni vous ni moi n’ont jamais vu… ».

     

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